28/04/2010
La prison se rebelle pour Skander Vogt
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Le décès d'un détenu, en mars à Bochuz (VD), bouleverse le quotidien des prisons. Hier, 20 détenus du Bois-Mermet se sont rebellés par solidarité envers sa famille.

Les prisons vaudoises sont sous haute tension après la mort par asphyxie du détenu Skander Vogt à Bochuz en mars dernier. Hier matin, une rébellion s'est déclenchée dans l'établissement du Bois-Mermet à Lausanne. Les détenus ont refusé de rentrer dans leur cellule après la promenade, par solidarité avec la famille du détenu défunt. La police a rétabli la situation en fin d'après-midi.

Peur de la bavure

Selon nos informations, les 20 rebelles ont aussi exigé de parler au journal «Le Matin» qui a remis en cause la version officielle sur le décès de Skander Vogt (lire encadré). Hier vers 17 h, après le retour au calme à la prison préventive, des détenus ont tenté de communiquer, depuis leur cellule, avec l'extérieur. «C'est la merde ici», a dénoncé l'un d'entre eux, les deux mains accrochées aux barreaux. Un autre a exposé, aux yeux de tous, une édition récente du «Matin» qui affichait, sur sa une, la photo de Skander Vogt. Les circonstances troubles de son décès semblent avoir bouleversé les prisonniers.

La rébellion a commencé à 8 h, au terme de la seule promenade du jour. La moitié des 40 détenus rassemblés dans la cour intérieure ont refusé de rentrer dans leur cellule. Les gardiens ont d'abord tenté de les raisonner, avant d'appeler la police en renfort peu avant midi. Vers 16 h 30 tout était rentré dans l'ordre. A 17 h, deux véhicules de police et un du Service pénitentiaire ont quitté l'établissement.

«Tout s'est passé sans violence. Et il n'y a pas eu de blessé, a expliqué Jean-Christophe Sauterel, de la police vaudoise. Les détenus ont même joué au football.» La rébellion a toutefois chamboulé le quotidien de la prison. Le personnel administratif a été prié de rester dans ses bureaux. «Mais nous n'avons jamais eu peur.» Et toutes les activités du jour ont été annulées. Les détenus non rebelles ont été maintenus dans leur cellule.

Une fois alertées, les forces de l'ordre ont pris très au sérieux cette énième affaire pénitentiaire. Par peur de la moindre bavure. Plusieurs membres des corps d'élite de la police cantonale (DARD) et lausannoise (GI) ont ainsi été appelés pour renforcer la quarantaine d'agents mobilisés. Le commandant de la gendarmerie, Jacques Marchand, s'est même rendu personnellement sur place pour négocier. «Il a fait comprendre aux détenus que regagner leur cellule était leur seule alternative», a commenté Jacques Antenen, le chef de la police vaudoise, qui était sur place.

Sanctions disciplinaires

Le conseiller d'Etat en charge des prisons, Philippe Leuba, s'était aussi déplacé. Tout comme sa cheffe du Service pénitentiaire, Catherine Martin, qui ne s'est toutefois pas exprimée devant les médias. Philippe Leuba a souligné le caractère extraordinaire d'une rébellion en prison. «Nous ne tolérons pas ce type d'incident», a-t-il martelé. Des sanctions disciplinaires, comme des jours de cachot, sont prévues. Selon nos informations, cinq meneurs de la rébellion ont été transférés vers d'autres établissements.

Risque de contagion

Le conseiller d'Etat a reconnu la situation de haute tension que vivent actuellement les prisons. «Il y a un problème de fond partout en Suisse», a-t-il analysé. Notamment, selon lui, à cause de la surpopulation carcérale dans les prisons préventives comme celle du Bois-Mermet. La surmédiatisation actuelle du système carcéral (ndlr.: liée à l'affaire de la mort de Skander Vogt) aurait créé un surcroît de tension. «J'en appelle à la responsabilité de chacun», a-t-il précisé.

La situation était sous contrôle, hier à 17 h. Il n'empêche que le risque de contagion effraie le Service pénitentiaire vaudois. Pour tuer dans l'oeuf toute nouvelle rébellion, Philippe Leuba a demandé aux directeurs des établissements de Bochuz, Sébastien Aeby, et du Bois-Mermet, Tiziana Brutto-Koller, de renforcer la surveillance immédiatement, en fonction des effectifs disponibles.

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