27/05/2010
L'impossible équipe
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le gouvernement a retiré à Frédéric Hainard la gestion du service qui était la source de ses dérapages. Mais le calme est loin d’être revenu. Décryptage

Quelle pétaudière! Depuis l’éclatement de l’affaire Hainard, le canton de Neuchâtel s’enfonce dans la crise plutôt que de relever la tête. Et ce n’est pas fini.

Hier, le gouvernement a annoncé avec des précautions de Sioux qu’il a décidé de retirer à Frédéric Hainard le Service cantonal de surveillance et des relations au travail. Une décision logique, puisque la Commission d’enquête parlementaire va devoir spécialement se pencher sur ce service, source des abus de pouvoir et du népotisme reprochés au jeune ministre de l’Economie. Mais ce qui semble logique ne l’a pas été pour les cinq membres du collège. Ils se sont entre-déchirés sur de soi-disant manœuvres secrètes des uns contre les autres.

Deux clans

Deux clans se sont clairement dessinés à cette occasion. D’un côté, les redresseurs de torts. Soit l’actuel président Jean Studer (PS) et le vice-président Claude Nicati (PLR). De l’autre, les pro- Hainard, réunissant Gisèle Ory (PS) et Philippe Gnaegi (PLR).

De quoi y perdre son latin, puisqu’on voit s’entrecroiser des ministres socialistes et libéraux-radicaux, le tout dans un gouvernement à majorité de droite (trois sur cinq). Ces clans biscornus empêchent de gouverner en rond. Hier, l’UDC neuchâteloise a d’ailleurs appelé à une «démission en bloc» du Conseil d’Etat!

Les secousses de l’affaire Hainard ne sont toutefois pas l’unique raison de cette incapacité chronique à gouverner, dont font preuve les cinq ministres, dont quatre novices, élus en avril 2009. L’image du «bac à sable» a été régulièrement utilisée pour désigner les coups fourrés de cette équipe-là.

Tentons de la décrypter plus avant. Jean Studer et Claude Nicati sont issus tous deux du Bas du canton et animés de velléités centralisatrices. Ils parviennent d’autant mieux à s’entendre que Claude Nicati passe un peu pour le maillon faible de l’équipe et qu’il a donc tout avantage à se placer sous la protection du géant Studer. Et, surtout, l’animosité entre le libéral-radical Nicati et son collègue de parti Frédéric Hainard est devenue légendaire.

A l’inverse, le libéral-radical Philippe Gnaegi s’est lié d’amitié avec le shérif du gouvernement en menant campagne électorale à ses côtés. La socialiste Gisèle Ory, elle, vient du Haut du canton comme Frédéric Hainard et le réflexe protecteur et régionaliste semble l’emporter sur la méfiance partisane que devrait lui inspirer son collègue de droite.

Mauvais caractères

Il faut ajouter à cette photo de groupe des caractères pas faciles pour chacun des ministres. Le shérif Hainard est perpétuellement soupçonné de combiner dans le dos de ses collègues et de distiller des fuites. Nicati serait trop raide et colérique. Gnaegi passe pour une soupe au lait (il aurait par exemple jeté un cendrier à travers la table de réunion du Conseil d’Etat lors d’une réunion houleuse). Ory serait aussi trop émotive et vite dépassée. Quant à Studer, il abuserait parfois de sa posture de papa donneur de leçons.

Un tableau inquiétant dans un canton qui ne sait plus comment se réformer et sortir de son (mauvais) rôle de lanterne rouge des déficits cantonaux. Mais est-ce vraiment grave, docteur? Nous avons posé la question au politologue Ueli Windisch, basé à Genève. «Quand vous ajoutez les difficultés personnelles aux difficultés économiques, cela devient explosif. Mais à la décharge de Neuchâtel, il faut dire que nous savons mal gérer les crises en Suisse. Voyez l’affaire Kadhafi!»

Le pire remède

Le politologue en appelle à l’intervention de grandes figures neuchâteloises, tels René Felber ou Jean-François Aubert, pour «sortir du bac à sable et montrer au canton comment retrouver les vrais enjeux politiques». Pour lui, la mise sur pied d’une Commission d’enquête parlementaire est le pire remède: «C’est une manière de se déresponsabiliser, une fuite en avant qui va traîner en longueur et laisser le côté malsain du biotope se développer encore.» Bigre.



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