|
National 23/11/2010
Quand Jean-Charles Rielle rencontre Bernard Rappaz
|
||
|
Noticias Relacionadas
Affaire Rappaz: interruption de peine refusée
30/11/2010 Comment vous dites? Un problème avec Rappaz? 25/11/2010 Le CF se détache de l'affaire Rappaz 25/11/2010 Jean-Luc Mélenchon accuse Nicolas Sarkozy de vouloir jouer le 'Zorro de service' 18/08/2010 |
Tout semble les opposer. L'un se bat contre la cigarette. L'autre est condamné pour avoir cultivé du chanvre. Comment le médecin explique-t-il son récent engagement? Portrait
Il semble presque étonné par la question. Et pourtant. Comment le croisé antitabac peut-il s'investir pour un chanvrier? Jean-Charles Rielle assure que c'est «rigoureusement cohérent». Il reprend le pourquoi de sa démarche, raconte que oui, au début, il s'est trompé en déclarant qu'il fallait nourrir Bernard Rappaz de force. Puis au travers des explications d'une consoeur, il réalise l'horreur de l'alimentation contrainte. «Là, je me suis dit: «Attends Rielle, tu es de gauche. Il y a des choses pour lesquelles tu dois te battre.» Il explique son analyse de cette situation bloquée, qui fait intervenir tant de concepts: un chanvrier, des médecins, la justice, l'éthique, la vie et la mort. Pour Jean-Charles Rielle, Rappaz n'est «pas un dealer, mais un entrepreneur qui a franchi la limite». Le médecin poursuit, et digresse sur sa conception du chanvre: «Je ne connais personne qui soit mort du cannabis.» Il reconnaît même «n'avoir aucun problème à parler de la dépénalisation de l'ensemble des drogues». Un concept qu'il sépare bien de la «libéralisation». «D'ailleurs, la libéralisation existe aujourd'hui. Vous pouvez acheter tout ce que vous voulez.» Pas de calcul électoral Mais ce que le médecin de 58 ans défend au travers de Rappaz, ce n'est de loin pas le chanvre. L'enjeu est tout autre: «Quand la vie d'un homme est en jeu, une société forte pourrait trouver une solution pour privilégier l'existence. Lui, je suis assez bien placé pour le savoir, n'est ni déprimé ni suicidaire.» Jean-Charles Rielle sait bien que certains essaient de le «tourner en ridicule». Lui reprochent de ne s'émouvoir que pour des sujets «compassionnels»: la famille de sans-papiers Selimi, Bernard Rappaz. «La compassion est pour moi une valeur essentielle. C'est la première étape d'une démarche de compréhension pour l'autre. Et puis, si un politicien n'a plus le droit d'être touché...» D'ailleurs, son engagement dans le cas Rappaz ne lui assurera pas forcément un soutien électoral, ni au Conseil national ni aux municipales à Genève. Mais il «ne fait pas ce genre de calculs». Rappaz l'a touché, c'est évident. Jean-Charles Rielle sort de la poche de son veston l'autorisation permanente de visite, qu'il s'est vu annuler sans justification la semaine dernière. Mais il ne passe pas pour autant ses nuits à angoisser, protégé par son expérience. «J'ai passé tant d'années à l'hôpital, sans savoir si j'allais revoir les patients le lendemain.» Rappaz, ce n'est «pas sa famille», précise-t-il. Même si, là encore, il fait des liens, explique que s'il est si sensible à la fille de Bernard Rappaz, c'est peut-être parce qu'il fait un parallèle avec le jeune Jean-Charles de 17 ans, qui a dû gérer «toute la culpabilisation» qu'il a ressentie lorsque sa mère a mis fin à ses jours, à se demander en boucle s'il avait été assez gentil. «Et là, Vanessa, elle ne va pas dire à son papa qu'il doit manger. Elle lui fait des câlins, des petits baisers.» Pour Rielle, tout est lié, et tant pis si on le trouve trop prêcheur, ou trop sérieux. Rien n'est si simple, ou si cloisonné, comme il aime à le répéter avec ces anecdotes sur ses années d'internat à Saint-Maurice. C'est chez les chanoines qu'il a paradoxalement découvert le bouddhisme et le protestantisme. «Une bouffée d'air», reconnaît celui qui a grandi dans un univers très catholique. Avant de rire enfin: «Mais c'est vrai, si deux personnes n'étaient pas faites pour se rencontrer, c'est bien M. Rappaz et moi-même!» D'ailleurs, poursuit-il, Rappaz l'a accueilli en maugréant: «Voilà mon bourreau», croyant que ce médecin débarquait pour l'intuber. Une histoire parmi d'autres qu'il confie avec plaisir, afin de faire passer son point de vue, et de partager son expérience de vie. Il raconte même qu'une fois, il a essayé de tirer sur un joint. «Il paraît que c'était de la bonne.» Mais il ne ressent aucun effet, et ses amis se hâtent de lui reprendre le produit, l'accusant d'être un «gâche-métier». «Je suis d'une génération alcool, pas cannabis. Jeune, je buvais beaucoup le week-end, comme tout Valaisan qui se respecte.» Vin et eau Et de reprendre son discours sur le chanvre, distinguant l'«usage récréatif en fin de semaine», du «jeune qui allume son premier joint à 8 h du matin». Problématique qu'il connaît bien, au travers de son mandat au service santé de la jeunesse genevoise, ou comme juge assesseur médecin au Tribunal de la jeunesse. Puis il digresse de nouveau, ou est-ce plutôt parce qu'il cherche à tout relier, à tout lier. Il parle du vin, qu'il apprécie, mais qu'il savoure désormais toujours avec un verre d'eau à côté. «Pas pour me gâcher le plaisir, non. C'est justement une réflexion plaisir.» Une «réflexion plaisir», voilà un adage bien de son cru. Qui agace peut-être. Alors oui, certains lui délivreraient bien son diplôme de politiquement correct, mais force est de reconnaître sa conviction, sa compréhension et sa persévérance dans ses «petits objectifs». |
SERVICES
Diarios Radios Boletines Videoteca Especiales Publique su Noticia
Añada su Empresa
Publicidad Publicidad
Liens recommandés
|
| Condiciones de Uso | Aviso Legal | Condiciones de Contratación | Política de Confidencialidad | Publicidad | Colaboradores |
|
Suisse Hebdo www.suissehebdo.com Journal digital avec des renseignements et des infos actualisés à la minute. Suisse Hebdo fait partie dugroupe Edicosma, intégré dans plus de 200 journaux digitaux, au service de l'information. © Suisse Hebdo 2012 |