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Le Tessin veut introduire une loi très critiquée en Suisse romande.
200 francs. C’est l’amende minimale que devra payer le client d’une prostituée illégale, si le Tessin réussit à faire passer une nouvelle loi cantonale censément dissuasive et actuellement en gestation. «C’est une vraie catastrophe», prédit déjà Marianne Schweizer, coordinatrice d’Aspasie, l’organisation genevoise de défense des travailleuses du sexe. «Une telle solution précipiterait la prostitution entre les mains de la mafia: ses sbires serviraient alors d’intermédiaires entre les clients et les prostituées illégales.» Le Tessin n’a pourtant rien inventé. La fréquentation des prostituées est illégale dans de nombreux pays nordiques. «Cette solution, dite à la suédoise, a vu des bateaux-bordels croiser dans les eaux internationales pour satisfaire un besoin que les gouvernements voulaient nier», ajoute Marianne Schweizer.
Plus mesuré, Jean Studer, qui assure la présidence de la Conférence latine des chefs des Départements de justice et police, estime pourtant que la solution tessinoise n’a pas d’avenir en Suisse romande: «Plusieurs cantons romands ont désormais des lois sur la prostitution, mais aucune d’elles ne va dans ce sens.» Pour le conseiller d’Etat neuchâtelois, d’autres mesures sont plus efficaces. «Il faut accentuer la prévention et l’encadrement, mais vouloir punir les clients des prostituées illégales obligerait les cantons à engager des moyens disproportionnés. Inutile de promulguer des lois qui sont inapplicables!» Le criminologue tessinois Michel Venturelli estime, quant à lui, que cette nouvelle loi est adaptée aux particularités de son canton: «Au Tessin, les bordels sont autorisés, mais il n’y en a que deux légaux sur plus d’une trentaine. Ces maisons illégales emploient des filles tout aussi illégales. La nouvelle loi permettrait au canton de mieux contrôler la situation.»
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