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Situé dans les Montagnes neuchâteloises, un des plus grands élevages de Suisse pleure ses volailles, terrassées en une seule nuit.
La famille Robert se remet doucement de ses émotions. Située au Joratel, hameau des Montagnes neuchâteloises, son exploitation agricole a vécu une nuit d’enfer il y a quelques semaines. Un renard s’est introduit à la tombée du soir dans l’immense halle où les Robert élèvent 12 000 poules pondeuses. Sans que personne le remarque, le renard a eu toute la nuit pour festoyer.
Le bilan est terrible: 910 poules sont mortes. «Le prédateur doit avoir tué lui-même une cinquantaine de bêtes, témoigne Claude-Eric Robert. Mais l’essentiel du carnage a été provoqué par l’effet de panique des poules qui sont mortes entassées et étouffées contre les issues de sortie, fermées la nuit.» Un massacre d’une telle ampleur n’a encore jamais été signalé en Suisse, où la taille maximale des élevages est limitée à 18 000 poules.
«Quand j’ai saisi l’ampleur des dégâts, j’ai eu la sensation que le ciel me tombait sur la tête», poursuit l’exploitant de la Ferme des Tourbières. Mais comment un tel accident a-t-il pu se produire dans une halle flambant neuve? «Nos poules disposent de deux grands espaces en plein air protégés par de solides grillages de deux mètres de haut. Le renard a dû être vraiment très habile pour les franchir. Je vais électrifier le haut des barrières.»
Une fois introduit dans l’enclos, le renard a pu suivre sans peine les poules par un jeu de trappes qui conduisent à l’intérieur de la halle. «Je suis allé faire mon tour d’inspection du soir vers 18 h et j’ai réglé l’heure de fermeture automatique des trappes à 19 h. C’est pour cela que je n’ai pas pu voir le renard se glisser à l’intérieur, visiblement juste avant la fermeture des portes», se désole le propriétaire. Claude-Eric Robert n’est retourné dans la halle que le lendemain matin, vers 8 h. Le renard a donc eu plus de douze heures pour se régaler. Les poules, elles, ont paniqué toute la nuit et se sont entassées les unes sur les autres dans leur halle de 60 mètres de long.
Comme dans un stade
«J’ai mis un moment à comprendre l’origine du massacre, raconte l’éleveur. Quand j’ai enfin repéré le renard, je suis allé chercher mon fusil et j’ai pu le tirer sans peine au milieu des poules. Il y avait des tas de cadavres partout. Elles se sont piétinées comme des gens pris d’affolement dans un stade». Il a fallu ensuite évacuer les cadavres vers une usine qui les réduit en farine utilisée dans les cimenteries. Pour être comestible, une poule doit en effet être saignée et vidée dans l’heure qui suit.
Aujourd’hui, Claude-Eric Robert et son épouse, Anouk, préfèrent en sourire. Mais les dégâts sont considérables: la perte de base se monte à environ 30 000 francs et il n’est pas certain que leur assurance les rembourse. De plus, ils devront attendre encore plusieurs mois avant de pouvoir remplacer les 910 poules perdues, car un élevage se renouvelle en une seule fois.
«Le cycle est de quatorze mois. Il faut que les poules aient toutes le même âge pour que la grosseur et la qualité de la coquille soient égales», détaille Claude-Eric Robert. Actuellement, il manque environ 800 œufs sur les 11 000 que livrent les Robert chaque jour à un grossiste lucernois. Il les revend notamment aux supermarchés Aldi et Lidl sous le label «Natura plus».
Malheurs en série
«Nous offrons aussi un marché à la ferme, indique Anouk Robert. Ouvert sept jours sur sept, il s’agit d’un libre-service où les gens déposent l’argent dans une caisse.» Baptisé L’Œuf des Tourbières, ce marché offre bien sûr des œufs frais, mais aussi de délicieuses pâtes maison et meringues. La jolie petite cabane en bois qui abrite le marché devant l’exploitation des Robert fait un peu oublier les malheurs qui ont frappé le hameau entre le massacre des poules et le récent suicide d’un voisin, il y a moins de quinze jours, qui a fait brûler plusieurs bâtiments du Joratel.
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