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Les Suisses ont exprimé hier leur volonté de serrer la vis aux étrangers criminels. C’est une victoire de plus pour le compte de l’UDC
«Je vais ouvrir une bonne bouteille», confie Yvan Perrin, vice-président de l’UDC. Son parti a remporté hier une nouvelle victoire électorale. Par 52,9% des voix, le peuple suisse a accepté l’initiative UDC «pour le renvoi des criminels étrangers». Seuls les cantons romands, à l’exception du Valais, ainsi que Bâle-Ville rejettent le texte. Le contre-projet concocté par le Parlement et défendu par le PLR et le PDC a été rejeté dans tous les cantons.
Le combat n’était pas gagné d’avance. L’UDC partait seule dans la bataille face aux autres partis gouvernementaux. «J’étais tendu jusqu’à la fin, notamment face aux chances du contre-projet», explique Yvan Perrin. Fausse modestie? Avec l’initiative pour le renvoi des étrangers criminels, l’UDC gagne pour la sixième fois en sept ans une votation contre les autres grands partis. Minarets, naturalisations facilitées, rien ne semble lui résister.
Le parti de Christoph Blocher est-il devenu une machine inarrêtable? «Cette nouvelle victoire de l’UDC montre la capacité du parti à dicter l’agenda politique suisse, analyse le politologue Oscar Mazzoleni. L’UDC a une conception scientifique de la politique, choisit ses sujets, utilise une communication professionnelle et applique une stratégie réfléchie.» En face, les partis gouvernementaux apparaissent moins systématiques, estime le spécialiste. «Les fonds considérables à disposition de l’UDC lui permettent aussi d’influencer une partie de l’opinion en martelant ses messages», note encore Oscar Mazzoleni.
Un rouleau compresseur
Les autres partis se sentent-ils désarmés? «Le rouleau compresseur UDC est en route», constate Ueli Leuenberger, président des Verts. «C’est une machine bien rodée, efficace, et qui dispose de fonds presque illimités, note pour sa part Christophe Darbellay, président du PDC. Mais l’argent de l’UDC n’est pas non plus une garantie de victoire. Nous devrons nous mobiliser, nous battre, redescendre dans la rue, et surtout ne rien lâcher pour contrer l’UDC.» A gauche, on met aussi en évidence la différence de moyens engagés dans la campagne: «L’immense majorité du peuple ne se laisse pas acheter, mais à force de marteler des arguments à coups d’affiches et d’annonces comme le fait l’UDC, vous parvenez à influencer 10% des votants. Et ça compte au moment de décider des majorités», analyse Christian Levrat, président du PS. Chez les libéraux-radicaux, on souligne surtout le besoin de concordance sur la scène politique. «L’UDC est une machine de guerre et pas de collaboration, relève Fulvio Pelli, président du PLR. Nous voulons convaincre par notre travail gouvernemental, pas en faisant de l’opposition.»
Ces stratégies feront-elles le poids face aux nouveaux projets de l’UDC? Guillaume Morand, l’homme d’affaires vaudois à l’origine d’une campagne d’affichage anti-UDC, ne se laissera pas convaincre. Il dénonce l’inaction des partis traditionnels: «Cette votation montre l’échec total du centre-droite et de la gauche vis-à-vis de l’UDC», s’énerve celui qui a fait ériger de faux minarets sur le toit de son entrepôt après les votations de 2009. «Après ce dimanche noir, notre pays a besoin de politiciens qui ont des convictions et qui sont prêts à se battre», estime Guillaume Morand, qui redoute que la Suisse serve d’exemple à toutes les droites extrêmes européennes.
«Cette votation n’est pas bénéfique pour les étrangers qui vivent en Suisse et qui se sentent marginalisés et humiliés», note pour sa part Mgr Pierre Farine, évêque auxiliaire de Genève. L’homme d’Eglise s’était engagé pour un double non. «La Suisse reste un pays d’accueil malgré les craintes de certains et leurs réactions de rejet. Ce qui est important, c’est le vivre ensemble», conclut-il.
Reste qu’il aura du mal à se faire entendre. En vue des élections fédérales de 2011, il se pourrait bien que l’UDC lance un nouveau débat national autour des étrangers sous l’angle des naturalisations ou de la libre circulation avec l’Union européenne. «C’est l’actualité qui en décidera», glisse Yvan Perrin.
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