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Condamné pour fraude, Ricardo Lumengo a vécu hier son premier jour au Parlement depuis sa démission du PS
«C’est une journée un peu spéciale», confie Ricardo Lumengo, dans le train qui le mène de Bienne à Berne. Tiré à quatre épingles, il lit la presse biennoise du jour, l’air détendu. «Cette rentrée politique est plus curieuse que mon premier jour au Conseil national. Je me demande quelle tête vont faire mes camarades lorsque je vais arriver», s’interroge le juriste d’origine angolaise. Et pour cause. Il a été condamné pour fraude électorale, ce qu’il conteste. Pressé par le PS bernois de démissionner, Ricardo Lumengo avait annoncé le 16 novembre qu’il quittait le PS, mais qu’il ne renonçait pas à sa place de conseiller national. «J’appréhende un peu l’attitude de mes collègues de parti. Au dernier congrès cantonal du PS, des camarades détournaient le regard et s’éloignaient en me voyant arriver», se souvient-il. Va-t-il en être de même sous la Coupole?
La première réaction en terre fédérale se veut positive. «Bonne chance, on vous tient les pouces, lui glisse une passante devant le Palais fédéral. Ce qui vous arrive est une injustice.» Le premier élu noir sous la Coupole sourit. Peu après 14 h 35, il fait son entrée dans la salle du Conseil national. Son premier réflexe est de demander aux services du Parlement où il doit s’asseoir. Soulagement: il conserve pour l’instant son siège parmi les députés socialistes et n’est pas banni physiquement dans un coin du Parlement. Suivent quelques poignées de main, sourires et brefs échanges avec ses camarades de gauche, puis Ricardo Lumengo branche son ordinateur portable et se met à éplucher de la paperasse.
«La situation est malheureuse, mais Ricardo Lumengo en est responsable, commente Christian Levrat, président du PS. Nous essayons de l’aider du mieux que nous pouvons en lui faisant un bon accueil. Les gens voient qu’il est un peu perdu.» Exclu du groupe socialiste, Ricardo Lumengo souhaite rejoindre le groupe des Verts. La question a de bonnes chances d’être abordée cet après-midi par les élus écologistes et leurs alliés, confirme Ueli Leuenberger, président des Verts. «Sans le soutien d’un groupe parlementaire, le travail d’un politicien est plus compliqué», souligne Ricardo Lumengo.
La journée se passe sans écueil pour le Biennois. Si les rapports sont cordiaux, une certaine retenue est perceptible à son égard. Ricardo Lumengo semble seul. Quelques discussions, un passage éclair et solitaire à l’apéritif du nouveau président du National Jean-René Germanier, puis retour à la paperasse et aux débats sur le budget. «Cela me fait mal de devoir quitter mes amis», confie Ricardo Lumengo, qui évoque notamment son voisin de table Jean-Charles Rielle (PS/GE). «Ricardo conserve toute ma confiance. Il n’a pas volé une voix mais commis une maladresse, témoigne son camarade genevois. Je garde un grand souvenir de notre accolade en 2007, lors de l’éviction de Christoph Blocher du Conseil fédéral», se souvient Jean-Charles Rielle.
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