Notice: Undefined index: diario_lector_id in /var/www/diarios_v2/index.php on line 303 Ces chefs français qui goûtent à la cuisine anglaise - Noticia - - Suisse Hebdo - Francophone
Alain Ducasse, Hélène Darroze, Jean-Christophe Ansanay-Alex: en un an, trois chefs étoilés français ont élu domicile à Londres. La vague ne date pas d'hier mais ces froggies-là ne viennent plus en donneurs de leçons mais pour s'inspirer de la cuisine anglaise. Dès 1890, le Français Auguste Escoffier, "roi des chefs et chef des rois", débarque à l'hôtel Savoy de Londres. Depuis, "l'invasion gauloise" ne s'est pas tarie. Mais les chefs qui sortent dorénavant du tunnel sous la Manche ne cherchent plus à imposer la gastronomie française, persuadés que c'est la seule qui vaille. Au contraire, ils adoptent les plats anglais, donnant ses lettres de noblesse à une cuisine jusqu'alors dénigrée.
"Je ne viens pas ici arrogant, pas conquérant. Je ne viens pas en disant: c'est nous les Français et on va vous montrer ce qu'est un restaurant": Jean-Christophe Ansanay-Alex n'a pas ouvert "L'ambassade de l'île" à Londres pour faire la même chose que dans son "Auberge de l'île" à Lyon, où il a décroché deux étoiles Michelin.
"Je suis venu ici travailler avec des Anglais et avec des produits anglais". Sur la carte de "L'ambassade", ouverte en juillet dans le quartier "frenchie" de South Kensington, on retrouve ainsi une sauce "bordelaise" mélangeant le vin rouge à la Guinness. Un "Fish and Chips" va bientôt suivre, promet "JC-AA". "Je revisite des recettes anglaises. Je les détourne légèrement, sans être too much".
Au Connaught, hôtel ultra prestigieux du quartier chic de Mayfair, Hélène Darroze propose elle aussi le Fish and Chips dans son restaurant "L'Espelette", ouvert également cet été. Mais "avec des grosses frites taillées au couteau comme le faisait ma grand-mère", précise la propriétaire du "Hélène Darroze" à Paris (deux étoiles Michelin).
Son coup de patte du sud-ouest, la chef landaise l'a même donné au fameux "saucisse-purée" des pubs britanniques, mêlant la Toulouse à la Cumberland, quintessence de la charcuterie anglaise.
"Travailler sur l'idée, donner son interprétation (des plats anglais), c'est super... Un pays m'accueille. La moindre des choses c'est que je m'ouvre à la culture, c'est une espèce de politesse mais qui n'est pas forcée car j'ai trouvé des produits exceptionnels", explique-t-elle dans son accent chantant, citant le boeuf Angus Aberdeen d'Ecosse qui lui a fait abandonner, à Londres au moins, le fameux boeuf de Chalosse de sa région natale.
Au Dorchester, hôtel huppé de Park Lane, Alain Ducasse entend lui aussi "marier le savoir-faire français à la cuisine anglaise".
Sur la carte du "Alain Ducasse at the Dorchester", ouvert il y a une dizaine de mois, figure ainsi un vol-au-vent qui est l'adaptation d'un "chicken pie" (tourte de poulet), un des plats les plus populaires outre-Manche. "On a détordu le chicken pie pour le faire à notre manière", racontait Ducasse dans une récente entrevue à l'AFP.
Se voir intégrée sur la carte d'un des chefs les plus étoilés au monde (il en compte une quinzaine réparties sur neuf pays), voilà une fabuleuse marque de reconnaissance pour la "haute cuisine" britannique, comme on l'appelle en anglais. N'en déplaise à l'ancien président français Jacques Chirac qui avait catalogué la cuisine anglaise de "pire après celle de la Finlande".
"C'était peut-être vrai il y a 15-20 ans", reconnaît Alain Ducasse. "Mais plus aujourd'hui".