Notice: Undefined index: diario_lector_id in /var/www/diarios_v2/index.php on line 303 Le paraxode du cinéma roumain: succès à l'étranger et salles vides dans le pays - Noticia - - Suisse Hebdo - Francophone
Alors que le cinéma roumain triomphe à l'étranger, il pâtit dans le pays d'un manque de salles - quelque 70 seulement pour un pays de 22 millions d'habitants - et d'un taux extrêmement bas de fréquentation, déplorent les professionnels."C'est vraiment un paradoxe, les cinéastes roumains sont primés à l'étranger et le public du monde entier va voir leurs films, sauf en Roumanie", a déclaré à l'AFP le réalisateur français d'origine roumaine Radu Mihaileanu, César du meilleur scénario en 2006 pour son "Va, vis et deviens".De son côté, Corneliu Porumboiu, Caméra d'or à Cannes, déplore le mauvais état des rares salles encore ouvertes, expliquant que "personne ne veut payer pour aller dans une salle où l'on tremble de froid, où l'installation du son date des années 60 et où l'on ne peut même pas entendre les dialogues".Pour surmonter ce problème, le réalisateur Cristian Mungiu, Palme d'Or à Cannes, avait organisé en septembre 2007 une "caravane" pour présenter son film "Quatre mois, trois semaines et deux jours" dans des villes ne disposant plus de salles de cinéma, alors que le pays en comptait plus de 300 à l'époque du dictateur Nicolae Ceausescu.
Pourtant, cette situation n'est pas spécifique à la Roumanie. Les fermetures de salles, en raison du manque de moyens pour les entretenir, se sont généralisées dans toute la région après la perestroïka et la chute du mur de Berlin, affirme Joël Chapron, responsable d'Unifrance en Europe centrale et orientale.
"Mais je ne connais pas de pays qui soit dans l'état dans lequel se trouve aujourd'hui la Roumanie en termes d'exploitation et de fréquentation", a-t-il expliqué, précisant que la région a dernièrement enregistré une reprise de la construction des salles et "une fréquentation qui est généralement hausse, sauf en Roumanie".
Alors qu'une dizaine de multiplexes ont été construits dans le pays ces dernières années et que d'autres devraient suivre, M. Chapron est partagé entre espoir et inquiétude.
"J'espère qu'il ne sera pas trop tard, parce que cela fait quasiment 20 ans que les Roumains ne vont plus au cinéma, et 20 ans c'est une génération entière", a-t-il estimé, alors que les statistiques alarmantes font état d'une baisse du nombre de spectateurs de 4,5 millions en 2003 à 2,9 millions en 2007.
En outre, les gens ont perdu l'habitude d'aller au cinéma, pour certains en raison de l'apparition de nouveaux supports, estime le critique de film Alex Leo Serban.
"Il faut donner aux enfants le goût d'aller au cinéma, voir le film sur un grand écran et comprendre que cette sortie entre amis est une forme de socialisation. C'est dommage si l'humanité se dirige vers une société où chacun est seul devant son écran", insiste de son côté M. Mihaileanu.
Comme d'autres professionnels, le réalisateur prône l'introduction de cours d'image à l'école, pour donner aux enfants les moyens de comprendre l'image, mais aussi l'envie d'aller au cinéma.
"Les films représentent des points de vue différents des cinéastes, ils nous apprennent comment regarder, d'un point de vue très démocratique, multiple, le monde qui nous entoure", souligne-t-il.