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Manifestations contre l'abandon par Tata de l'usine pour la Nano
04-10-2008 14:42:39
Des milliers de manifestants ont bloqué la circulation samedi dans l'est de l'Inde pour protester contre la décision du géant industriel Tata de renoncer à une usine qui devait produire la Nano, la voiture la moins chère du monde, en raison de l'hostilité de paysans locaux.Tata avait annoncé vendredi, après des mois de conflit, qu'il renonçait à achever son usine de Singur, pourtant construite à 90%, un coup dur porté au groupe indien en quête d'investissements locaux et étrangers."Nous voulons que la Nano soit produite à Singur", scandaient des manifestants armés de barres de fer et de bâtons, rassemblés samedi dans cette ville.Des policiers en tenue anti-émeutes patrouillaient dans les rues, où des manifestants creusaient des tranchées afin d'empêcher la circulation, et des milliers de camions étaient bloqués sur la route menant à Calcutta, la capitale de l'Etat du Bengale occidental, toute proche."Le projet avait généré un boom économique. Nos ventes avaient triplé", a déploré Kamu Maji, qui tient une échoppe de thé près du chantier.Vendredi, Ratan Tata, le patron du conglomérat, avait assuré que la décision d'abandonner le projet était irrévocable.

"Vous ne pouvez pas gérer une usine lorsque des bombes sont lancées, vous ne pouvez pas faire tourner une usine quand les salariés sont intimidés", avait-il déploré.

Tata Motors, premier groupe automobile indien, a investi 350 millions de dollars dans cette usine qui devait produire 250.000 unités par an, vendues au prix record de 2.500 dollars.

La Nano, une automobile rudimentaire de 600 cm3 de cylindrée, avait été dévoilée au monde entier en janvier à New Delhi.

Mais le chantier de Singur était au point mort depuis un mois.

Un grave conflit opposait Tata, colosse industriel avec près de 100 filiales allant du thé à la sidérurgie, soutenu par le gouvernement communiste du Bengale occidental, à des paysans épaulés par des militants politiques, ulcérés par la réquisition de terres agricoles pour en faire une zone industrielle.

Ces manifestants, soutenus par la dirigeante du parti régional du Congrès Trinamool, Mamta Banerjee, accusaient l'Etat du Bengale occidental et Tata d'avoir forcé des fermiers à vendre leurs terres.

Début septembre, l'usine avait été encerclée par des dizaines de milliers de personnes exigeant, parfois violemment, que les terres soient restituées ou réclamant de meilleures indemnisations.

"Nous éprouvons de la frustration et nous sommes déconcertés", a confié Laxman Das, 60 ans, visé par une mesure d'expropriation.

"Je pense que je ne reverrai pas mon terrain", a-t-il ajouté tout en affirmant qu'il n'avait, à ce jour, reçu aucune compensation financière.

Le retrait de Tata faisait samedi la Une de la presse indienne.

"Tata conduit sa Nano en dehors du Bengale", titrait le quotidien économique de langue anglaise Business standard. Le Calcutta Telegraph pleurait quant à lui la mort d'un "symbole d'un réveil industriel au Bengale".

Les possibles répercussions de l'"affaire Nano" sur l'image de l'Inde à l'étranger suscitent l'inquiétude des élites économiques et politiques.

"Les investisseurs étrangers pourraient privilégier d'autres destinations", a ainsi averti Dilip Chenoy, patron de la société des constructeurs automobiles indiens.

L'Inde, qui se rêve en superpuissance rivalisant avec la Chine, a lancé depuis 2005 des centaines de projets de zones économiques spéciales (ZES), qui sont des enclaves industrielles privées, exemptées d'impôts et dotées de solides infrastructures, pour attirer des entreprises étrangères et locales.

Mais ses ambitions d'expansion industrielle se heurtent, aux quatre coins du pays, à des frondes paysannes, alors que l'agriculture fait encore vivre les deux-tiers des 1,1 milliard d'Indiens.



 
 
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