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Les hôpitaux en sous-effectifs sont des nids à infections
06-10-2008 14:01:51
La sous-dotation en personnel dans les hôpitaux induit un risque pour les patients: l´augmentation de la charge de travail va de pair avec une hausse des infections contractées à l´hôpital. C´est ce que révèlent des études menées aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).Nulle part ailleurs, la concentration de germes pathogènes n´est aussi élevée qu´à l´hôpital. Et comme les patients ont souvent un organisme affaibli, les infections nosocomiales - contractées pendant le séjour hospitalier - sont monnaie courante. On estime que chaque année en Suisse, 70 000 personnes sont infectées de cette manière et que 5000 en meurent.Depuis le milieu des années 1990, les HUG font figure de pionniers dans la lutte contre ce fléau. Le "Geneva Model", qui fait référence en la matière, comprend notamment une nouvelle méthode de désinfection des mains et une sensibilisation régulière du personnel. Il a permis une réduction de près de 50 % du taux d´infections liées aux soins.Poursuivant ces efforts, l´équipe emmenée par Didier Pittet et Stéphane Hugonnet s´est intéressée aux répercussions de la charge de travail du personnel soignant. Pendant trois ans, les chercheurs ont noté chaque infection contractée de manière évidente par les patients durant un séjour aux soins intensifs.

Un sur cinq

Le taux d´infections était élevé: sur 1883 patients qui y ont passé plus de deux jours, 415 ont contracté au moins une nouvelle maladie. Et cela avait des conséquences, en particulier un risque plus élevé de décès.

Les scientifiques se sont ensuite penchés sur le taux d´encadrement des patients par le personnel. En moyenne, ce rapport était de 1,9 soignant pour un malade, avec des variations liées principalement au nombre de patients.

Et il s´est avéré que le taux d´infections variait en conséquence: les journées chargées pour le personnel induisaient à chaque fois une hausse des maladies contractées. Sur la base de leurs statistiques, MM. Pittet et Hugonnet ont calculé que plus d´un quart des nouvelles infections pourraient être évitées si le taux d´encadrement était relevé d´environ un sixième, à 2,2 soignants par malade.

Etudes concordantes

L´étude ne peut certes exclure que d´autres facteurs jouent un rôle, a indiqué le Dr Hugonnet à l´ATS. Mais d´autres recherches ont également montré une corrélation entre la charge de travail et les infections nosocomiales.

Les mécanismes sont plausibles: mécontentement lié au stress, moins bons soins aux patients et hygiène déficiente. Medecins et soignants ne parviennent par exemple plus à se laver les mains aussi souvent qu´ils le devraient.

Méthode simple

Une parfaite hygiène manuelle nécessite en effet près de vingt lavages par heure. Pour résoudre ce dilemme, l´équipe genevoise a eu l´idée de remplacer les lavabos par la désinfection alcoolique. Grâce à une petite fiole contenant une solution eau-alcool placée dans la blouse, l´opération ne prend qu´une dizaine de secondes.

Cette méthode présente en outre l´avantage du moindre coût par rapport à une augmentation du personnel. Cette dernière est jugée peu réaliste compte tenu de la hausse des coûts de la santé.

Selon le Dr Hugonnet, d´autres possibilités d´amélioration existent. Les hôpitaux peuvent par exemple identifier plus précisément les foyers et les moments d´infection. Une meilleure répartition du travail permet également de contrecarrer, du moins en partie, les effets d´une sous-dotation en personnel.

Défi mondial

Les infections nosocomiales touchent entre 5 % et 10 % des malades hospitalisés. Ce taux grimpe à plus de 25 % dans certains pays en développement.

Lancé en 2005, le Défi mondial pour la sécurité des patients, soutenu par l´Organisation mondiale de la santé (OMS), a déjà rallié plus d´une trentaine de pays, dont la Suisse. Se basant sur le "Geneva Model", cette initiative est dirigée par le professeur Didier Pittet.

 
 
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