BNP Paribas annonce la prise de contrôle des activités de Fortis en Belgique et au Luxembourg pour un montant global de 14,5 milliards d'euros, une semaine après le rejet d'une première offre informelle de la banque française.Dans un communiqué, BNP Paribas précise qu'elle va acquérir auprès de l'Etat belge 75% de Fortis Banque et 100% de Fortis Assurance en Belgique, ainsi que 67% de Fortis Banque au Luxembourg auprès des pouvoirs publics luxembourgeois, l'ancien groupe belgo-néerlandais ne conservant plus que Fortis Insurance International.Les deux Etats deviendront en contrepartie actionnaires de la banque française, à hauteur de 1,1% pour le Luxembourg et de 11,6% pour l'Etat belge, ce dernier détrônant ainsi Axa comme premier actionnaire de BNP Paribas.Ils auront deux sièges au conseil d'administration.BNP Paribas financera cette acquisition avec l'émission de 132,6 millions d'euros d'actions nouvelles émises à 68 euros, soit un total de 9 milliards d'euros, et le reste - 5,5 milliards d'euros - en liquidités.
Cet accord doit être finalisé à la fin de l'année, voire dans le courant du premier trimestre 2009.
Avec cette acquisition qui lui apporte un portefeuille de 239 milliards d'euros de dépôts, la banque dirigée par Baudouin Prot déclare devenir "la première banque de dépôts de la zone euro".
BNP Paribas a racheté en 2006 la banque italienne BNL, faisant alors de l'Italie son deuxième marché domestique.
Le dernier accord, conclu avec les autorités belges et luxembourgeoises à l'issue d'intenses tractations, prévoit également le cantonnement d'un portefeuille de produits structurés complexes de Fortis, d'une valeur de 10,4 milliards d'euros, dans une structure ad hoc, qui sera détenue à 66% par Fortis, 24% par la Belgique et 10% par BNP Paribas.
500 MILLIONS D'EUROS DE SYNERGIES ANNUELLES D'ICI 2011
BNP Paribas estime à 500 millions d'euros le montant des synergies de coûts qu'elle sera en mesure de générer d'ici 2011, pour un coût de restructuration évaluée par la banque à 750 millions d'euros.
Elle précise également que cette opération aura un impact positif dans ses comptes "dès la première année".
"C'est une très bonne affaire pour BNP Paribas. Le prix ne me semble pas excessif", commente Arnaud Scarpaci, gérant chez Agilis Gestion.
Le Premier ministre belge, Yves Leterme, avait indiqué ce week-end qu'il avait cherché à préserver l'unité des activités du groupe de banque et d'assurance en Belgique et au Luxembourg après la décision prise vendredi par les Pays-Bas de nationaliser l'essentiel des activités néerlandaises de Fortis.
Les difficultés de Fortis, moins d'une semaine après un premier plan de sauvetage des Etats du Benelux qui prévoyait d'injecter 11,2 milliards d'euros, sont une nouvelle illustration de l'aggravation de la crise financière qui touche désormais de plein fouet le continent européen.
Les trois Etats avaient préféré l'autre dimanche la solution d'un nationalisation partielle de groupe financier Fortis, après avoir écarté une offre informelle de BNP Paribas, dont le prix avait été jugé trop bas.
Une source proche des négociations avait alors indiqué que la banque française avait proposé de racheter les activités de Fortis hors Pays-Bas au prix de 1,6 euro par action, représentant à cette période une décote de 69% par rapport au dernier cours de clôture du titre.
UN PROFIL DE RISQUE PLUS PRUDENT
BNP Paribas avait demandé dans le même temps des garanties des pouvoirs publics pour couvrir jusqu'à six milliards d'euros de possibles pertes à venir pour la banque belgo-néerlandaise.
Avec l'allemande IKB, Fortis est l'une des premières banques de la zone euro à tomber sous l'effet de la crise mondiale du crédit.
Elle a acquis sa participation dans ABN Amro au plus haut du marché pour 24,2 milliards d'euros l'an dernier, peu avant l'éclatement de la crise des subprimes aux Etats-Unis, qui a débouché sur la crise du crédit, rendant plus difficile d'emprunter de l'argent pour financer l'opération.
Réputée pour avoir une profil de risque plus prudent que ses principales concurrentes, la banque BNP Paribas affichait à fin juin une facture globale de la crise du crédit limitée à 2,6 milliards d'euros, ce qui en fait l'un des établissements bancaires les moins touchés par la crise.
Sur le marché des credit-default swaps (CDS), la banque française affiche l'un des coût de protection contre le risque de défaut le plus faible d'Europe continentale.
D'après l'agence d'informations financières Markit, la prime de risque sur son CDS à cinq ans s'élevait vendredi dernier à 67,43 points de base alors que l'indice iTraxx Europe Senior Financials, qui mesure la moyenne des primes de risque pour le secteur financier en Europe, était de 127 points de base.
Vers 11h30, le titre BNP Paribas perdait 3% à 69,2 euros. A ce cours, il cède environ 7% de sa valeur depuis le début de l'année, surperformant encore l'indice sectoriel DJ Stoxx des banques européennes qui cède au même moment 36% depuis fin 2007.
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