La famille du journaliste Guy-André Kieffer, disparu à Abidjan en 2004, a demandé lundi l'ouverture d'une enquête sur d'éventuelles pressions exercées sur un témoin, notamment de la part du conseiller à l'Elysée pour les affaires judiciaires, Patrick Ouart.Osange Silou-Kieffer, la femme du journaliste, son frère Bernard Kieffer et Reporters sans frontières (RSF), tous parties civiles dans ce dossier instruit depuis 2004, ont rencontré lundi le juge Patrick Ramaël, chargé de l'enquête, qui a évoqué des "faits nouveaux dans le dossier", selon Mme Kieffer.Le magistrat a été contacté le 21 juillet dernier par un témoin, qui se disait prêt à évoquer sous couvert d'anonymat la disparition du journaliste franco-canadien, a-t-elle raconté à la presse à la sortie du cabinet du juge au palais de justice de Paris.Le 28 juillet, "le jour de l'audition de ce témoin, il a dit au juge qu'il ne pouvait pas venir car deux personnes avaient fait pression sur lui, dont le conseiller aux affaires judiciaires du président de la République, Patrick Ouart", a rapporté Mme Kieffer, en affirmant ne pas connaître l'identité de la deuxième personne.Ce témoin aurait assuré avoir subi ces pressions les 25 et 26 juillet par téléphone.
Sollicité par l'AFP, ni M. Ouart, ni son avocat, Me Thierry Herzog, n'ont souhaité réagir.
"Nous souhaitons que le ministère public (le parquet, ndlr) se saisisse officiellement et surtout saisisse les juges Ramaël et Nicolas Blot (cosaisi dans cette affaire, ndlr) d'une information complémentaire pour savoir quelle est la réalité de ces affirmations", a déclaré Bernard Kieffer.
Pour le secrétaire général de RSF, Jean-François Julliard, la décision du parquet "sera lourde de conséquence". "Si le ministère public confie au juge Ramaël cette enquête sur ces pressions sur un témoin, on en saura certainement plus, si le ministère public ne répond pas ou mène juste une enquête préliminaire, ce sera aussi significatif de la réelle volonté de l'Elysée de faire la lumière sur cette affaire ou pas", a-t-il dit.
M. Ouart a été entendu comme témoin par le juge Ramaël le 23 septembre. Le lendemain, il a déposé plainte contre X pour "dénonciation calomnieuse", selon une source judiciaire.
Au cours de l'audition, il a assuré n'être "pas au courant" d'éventuelles instructions données pour dissuader des personnes de témoigner, selon le procès-verbal que l'AFP a pu consulter.
"L'idée qu'on puisse m'imaginer en nervi est assez surréaliste", s'est indigné le conseiller.
Journaliste indépendant enquêtant sur diverses malversations en Côte d'Ivoire, notamment dans la filière cacao, Guy-André Kieffer a été enlevé le 16 avril 2004 à Abidjan. Il aurait été abattu par ses ravisseurs. Son corps n'a jamais été retrouvé.
Au cours de son enquête, le juge Ramaël s'est rendu à l'Elysée le 22 juillet pour se faire remettre le dossier de la cellule Afrique de la présidence sur cette affaire.
Il a également cherché, sans succès, à interroger Simone Gbagbo, l'épouse du président ivoirien, et Paul-Antoine Bouhoun Bouabré, ministre ivoirien du Plan.
Les enquêteurs ne soupçonnent pas le couple présidentiel ivoirien d'être impliqué directement dans la disparition du journaliste, mais certains cadres du régime liés aux milieux d'affaires, notamment ceux du cacao.
La famille Kieffer avait été reçue en août 2007 par le président Nicolas Sarkozy. Il lui avait assuré que l'enquête sur la disparition du journaliste était "une priorité de son quinquennat", a rappelé lundi Mme Kieffer.
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